États généraux de l'emploi à domicile

États généraux de l'emploi à domicile -

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L’emploi à domicile, entendu ici dans une acception large (au-delà de l’emploi direct), a fait l’objet de plusieurs publications qui donnent à voir quelques grands enjeux de recherche et d’analyse : la description de sa réalité chiffrée, de son histoire, de sa singularité dans le droit, les enjeux de la relation d’emploi à domicile, les conditions de travail et d’emploi des salariés. La bibliographie proposée ci-dessous permet d’identifier des publications phares récentes qui permettront de poursuivre l’exploration « sur table » du secteur.

 

 

Banens Carla : Septembre 2014, L’humain avant tout. Recherche d’humanisation et reconnaissance du travail dans le ménage à domicile, EHESS (École des hautes études en sciences sociales), 146 pages.

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Synthèse de l’Observatoire :

L’objectif du mémoire est, à travers la revue de la littérature sur le travail domestique rémunéré et la réalisation d’une enquête ethnographique auprès de femmes de ménage, d’analyser les ressorts mobilisés par les femmes de ménage pour se sentir reconnues au travail. La thèse centrale du mémoire est que la relation humaine favorise le bien être au travail des femmes de ménage mais cela ne va pas toujours dans le sens d’une professionnalisation de ce métier.
L’auteure a effectué sa recherche à partir d’entretiens de type biographique auprès de neuf femmes de ménage (ou anciennes femmes de ménage) et de professionnels du secteur (une ancienne inspectrice du travail et une responsable de secteur et une chargée de recrutement d’une association de services à la personne).
Au cours des entretiens réalisés auprès des femmes de ménage, un thème est apparu de façon systématique, celui de l’aspect humain de leur travail. Cela soulève un paradoxe: alors que les enquêtées côtoient peu leurs employeurs de façon générale, les anecdotes de moments partagés sont au coeur de leurs discours.
Le travail de ces femmes de ménage est valorisé par la relation humaine qu’elles entretiennent avec leur employeur. : la confiance et le respect que leurs employeurs ont envers elles sont des éléments essentiels de valorisation de leur travail. Les contacts avec les employeurs étant souvent inexistants, la confiance se manifeste sous différentes formes, notamment par le fait de se voir confier les clés du domicile.
Le respect attendu par les femmes de ménage rencontrées repose sur une attente de réciprocité dans la relation, un traitement « d’égal à égal »: « ça consiste qu’il [l’employeur] vous traite comme une personne normale. Avec un sourire, un bonjour » [etc.].
Globalement, ce qui est valorisé par les employées, ce n’est pas le travail en tant que tel, mais davantage les signes de respect et d’intégration à la vie familiale de l’employeur (partager des repas, connaitre les enfants). Autant d’échanges qui sortent de la logique marchande, c’est-à-dire de la logique de rémunération pour un service rendu.
L’inscription de la relation par l’employeur dans une logique strictement marchande va souvent de pair, pour les femmes interrogées avec un sentiment de mal être au travail qui contribue à détériorer la relation. Cela les renvoie à un sentiment de déclassement social.
A l’inverse, lorsque les employées sentent que leurs employeurs perçoivent et reconnaissent le travail réalisé, elles se sentent également valorisées en tant qu’être humain. Les bonnes relations avec l’employeur permettent, dans une certaine mesure, de compenser la domination sociale de ces employées.

Cette enquête ethnographique montre que la recherche de reconnaissance des femmes de ménage ne porte pas directement sur le travail, mais davantage sur les individus. Ceci peut être un frein à la reconnaissance des compétences que ces emplois mobilisent. L’auteure conclut son travail sur cette interrogation : « Etant donné que le bien-être des employées ne réside pas dans la nature de leur travail mais bien dans l’intégration d’une logique autre que marchande, on peut se demander si dans le cas d’une professionnalisation du secteur, et d’une amélioration des conditions de travail et d’emploi, les employées verraient la satisfaction et le bien-être au travail augmenter en parallèle ? ».

 

Avril Christelle / Cartier Marie : Août 2014, « Subordination in Home Service Jobs. Comparing Providers of Home-Based Child Care, Elder Care, and Cleaning in France », In Gender & Society, n°28, 23 pages.

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Synthèse de l’Observatoire :

L’objectif de cet article consiste à démontrer qu’il existe une variabilité de formes de subordination dans les emplois des services à domicile. Les auteures critiquent l’utilisation des mots « à domicile » (home based) ou « domestique » pour catégoriser ces emplois sans décrire les activités des divers emplois regroupés, ce qui contribuent à homogénéiser les situations de travail et à rendre ainsi invisible les diverses formes de subordination spécifiques des aides ménagères, des gardes d’enfants et des aides à domicile. L’étude présentée dans l’article se base sur l’enquête « Conditions de travail » réalisé par la Dares en 2005 et l’enquête « Emploi » 2011 de l’Insee. Ainsi les auteures comparent les conditions de travail des trois professions de la catégorie socioprofessionnelle détaillée « 56 -Personnels des services directs aux particuliers » (563b : Aides à domicile, aides ménagères, travailleuses familiales, 563a : Assistantes maternelles, gardiennes d’enfants, familles d’accueil, 563c : Employés de maison et personnels de ménage chez des particuliers) avec celles pour la catégorie « ouvriers non-qualifiés ». L’analyse quantitative est complétée par leurs observations de terrain.
Le résultat de leur étude montre que la nature et le degré de subordination varient au sein de ces emplois en fonction du lieu de travail (domicile du salarié ou domicile de l’employeur), de la présence d’un « public » et du degré d’isolement au travail (contact ou pas de contact avec des collègues). Ainsi, les personnels de ménage sont plus isolés dans leur travail que les gardes d’enfants et aides à domicile, mais les premiers bénéficient d’une grande autonomie dans l’organisation de leur travail. Les gardes d’enfants et les aides à domicile profitent des réseaux formels et informels mais elles sont plus exposées au stress puisque elles sont en relation directe avec des personnes fragiles. Par exemple, il y a des aides à domicile qui subissent des agressions physiques et verbales. Les assistantes maternelles sous-estiment les contraintes liés au travail ce qui est partiellement lié au fait que leur lieu de travail est leur domicile.
Concernant la situation du revenu (niveau de salaire, durée de travail, type de contrat) les gardes d’enfants, les aides à domiciles et les personnels de ménages sont désavantagés comparés aux ouvriers non qualifiés dans l’industrie ou dans le secteur de services. En revanche, l’exécution des tâches est moins surveillée chez les premiers, et ils suivent moins d’instructions pour réaliser leur travail que les ouvriers non-qualifiés. En effet, les femmes relativement âgées qui travaillaient auparavant dans le secteur industriel ou des services préfèrent un travail à domicile qui permet d’échapper à une telle surveillance. Ainsi les auteures concluent que les tâches des gardes d’enfants, des aides à domiciles et du personnel de ménage s’inscrivent dans l’histoire de la domesticité, mais que cela ne signifie pas que toutes ces employées éprouvent la servitude domestique. Les auteures réclament plus d’études féministes qui porteront sur les diverses formes d’autonomie que l’on observe dans ces emplois en opposition avec des courants qui trouvent que ces emplois représentent la pire forme d’exploitation qui soit.

 

Egéa Pierre : 6 décembre 2013, « Le particulier-employeur, réflexions à propos d’une catégorie interstitielle du droit du travail », In Les Petites affiches, 8 pages.

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Synthèse de l’auteur :

A l’heure où les critères de la représentativité patronale se trouvent en débat, l’attention mérite d’être portée sur le particulier-employeur, catégorie longtemps reléguée à une place secondaire, puis largement concurrencée par des modèles de gestion alternatifs dans le cadre renouvelé des « services à la personne », mais qui manifeste cependant une remarquable persistance qui tient pour l’essentiel à la singularité de la relation entre le particulier-employeur et le salarié qui effectue les prestations au domicile de l’employeur. compte tenu de cette persistance, se pose la question de la place qu’il convient de reconnaître au particulier-employeur dans le champ de la démocratie sociale.
Plan de l’article :
I- Exister à travers des injonctions contradictoires : le particulier-employeur dans la tourmente de l’évolution des emplois familiaux

A – Le statut du particulier : usager ou employeur?
B – L’apparition d’une notion englobante : le « service à la personne »
II – Persévérer dans son être : la singularité du particulier-employeur
A – Particularisme de l’emploi à domicile
B- Singularité du particulier-employeur

 

Fraisse Geneviève : 2009, Service ou servitude. Essai sur les femmes toutes mains, Le Bord de l’eau, 295 pages.

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Synthèse de l’Observatoire :

Trente après sa parution, l’ouvrage de Geneviève Fraisse, Femmes toutes mains. Essai sur le service domestique (Seuil, 1979), est réédité sous un titre légèrement modifié, qui place au premier plan la problématique centrale de l’ouvrage : l’évolution de la place et du sens du service domestique dans la vie sociale.
L’ouvrage pose plus largement toute l’opacité du « problème » du service domestique (rémunéré et bénévole) : parce qu’il est incontournable (la saleté est produite tous les jours, qu’en fait-on ?) ; parce que traditionnellement, c’est un travail invisible assuré par les femmes, travail réputé sans valeur (excepté peut être quand sont publiés les chiffres des créations d’emplois dans le champ des services à la personne) ; parce qu’il est produit dans un espace qui est celui du foyer (comment penser la hiérarchie sociale dans l’intimité ?).
L’ouvrage réédité ne porte pas uniquement sur les « domestiques », devenues au fil du temps « employées de maison », « femmes de ménage », « salariées du particulier employeur », « aides à domicile ». Il ne porte pas non plus uniquement sur les employeur-se-s, jadis classe minoritaire de privilégiés, aujourd’hui personnes vieillissantes, couples bi-actifs, parents employeurs. L’ouvrage pense, de façon intimement liée, les employées et leurs employeuses.

Ne pas étudier les unes sans les autres, penser la relation qui les unie dans un rapport de classe qui ne se réduit pas à un rapport d’opposition, faire émerger le lien particulier dans lequel les unes endossent le rôle des autres : telle est l’une des grandes forces de ce livre qui, dès les années 1970, pense le service comme un lien entre les êtres fait de réciprocité et non uniquement comme un lien hiérarchique dominant-dominé. Or cette analyse (moins bien entendue lors de sa première parution qu’aujourd’hui) est au coeur des enjeux qui animent les débats récents sur le care autour de la question : Y a-t-il un nouveau paradigme du service qui mêle emploi et solidarité, comme pourrait le laisser penser les politiques d’emploi menées dans le champ des services à la personne ? Ou bien s’agit-il simplement de formes renouvelées d’exploitation des femmes ?
Face à ce questionnement, les féministes sont divisées, comme elles l’ont toujours été sur cet objet recherche. Historienne de la pensée féministe, Geneviève Fraisse souligne toute la difficulté pour elles, dès le début des années 1900, de se positionner clairement face à la socialisation du service domestique, vecteur d’émancipation des femmes d’un côté, d’oppression de l’autre.
Rupture ou continuité ? Les évolutions sont contradictoires, puisque d’un côté, l’histoire retracée du service domestique montre que les objectifs égalitaires de la démocratie du XXe siècle ont permis de rattacher progressivement ces emplois au monde du salariat. Aujourd’hui, comme l’écrit la philosophe dans la riche préface de son ouvrage, le service est régulièrement au coeur des politiques de l’emploi : le service a bien glissé de la périphérie vers le centre de la vie sociale et le regard se porte non plus sur celui qui le rend, mais sur celui qui en bénéficie. Mais d’un autre côté, la dépendance est toujours au coeur de ces emplois. La dépendance du corps (« se louer ») n’existe plus, ce n’est plus la personne qui est au service de… mais un service qui est offert contre rémunération. L’employée et son employeur-se sont dans un échange économique. Pour autant, le rapport de dépendance est toujours au coeur du triptyque qui définit le service (hiérarchie, dépendance, intimité), écrit Geneviève Fraisse, voilé par les enjeux démocratiques de réciprocité, de solidarité au coeur du care. « L’imaginaire de la hiérarchie entre serviteurs et maîtres, servantes et maîtresses est recouvert par la figure du soin et du souci de la personne vulnérable » (p.8).
Au-delà de la richesse de l’analyse du service sous l’angle du don et du lien plutôt que sous celui de la soumission, il faut sans doute être prudent face au risque de « dilution » du travail ménager dans le care. Bien que dans la réalité du travail domestique des femmes, les deux pans du service à la personne – ménage et soin – s’entremêlent souvent, la tentation est grande de focaliser le débat (de la professionnalisation par exemple) sur les femmes (généralement les salariées, très rarement leurs employeur-se-s) qui interviennent auprès de personnes vulnérables, en excluant de la réflexion les femmes qui font du travail ménager.
Ce sont pourtant bien les activités de ménage qui représentent le pilier quantitatif le plus important des services à la personne. « Le soin d’une personne âgée n’est pas du travail ménager même si la confusion rôde souvent». Les « éternelles invisibles » sont donc bien toujours les mêmes, sauf dans de rares et médiatiques cas de l’hôtellerie ou d’esclavagisme moderne. C’est sans doute, comme le dit Geneviève Fraisse, parce que le travail domestique reste un tabou politique, que « le service à la personne n’est pas l’avenir de la mixité ».

 

Molinier Pascale : Septembre 2009, « Des féministes et de leur femmes de ménage : entre réciprocité du care et souhait de dépersonnalisation », In Politiques du care, Multitudes, n°37/38, pages 113-121.

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Synthèse de l’Observatoire :

L’auteur s’attache à décrire et analyser les relations qui se nouent entre les femmes qui se disent féministes et leurs femmes de ménage. Pour ce faire, elle a réunit un groupe de discussion composé de sept « féministes » autour du thème de cette relation et de l’éventuelle contradiction qu’elle porte.
Pour la plupart d’entre elles, ces femmes, toutes caractérisées par un niveau de qualification élevé, ont décidé de recourir à une femme de ménage pour mettre fin à un conflit conjugal sur le thème du partage des tâches ménagères. Féministes, elles ont défendu la position selon laquelle l’accomplissement de ces tâches, qu’elles n’aiment pas faire, ne leur revient pas « naturellement » ; et au plan individuel elles ont tenu leur position. En revanche, au niveau politique, elles contribuent ainsi à faire perdurer un modèle social dans lequel les hommes restent officiellement non impliqués dans la sphère des activités domestiques – ces tâches étant déléguées à une certaine catégorie de femmes – et qui implique un réservoir de main d’oeuvre féminine non qualifiée. En outre, l’organisation de cette délégation leur revient le plus souvent : elles doivent donc devenir des «patronnes » et se retrouver en situation de donner des ordres à des femmes dont la condition sociale est bien moins favorisée que la leur, ce qui les met doublement mal à l’aise.
Le recours à une femme de ménage, pour ces femmes, prend donc les apparences du combat féministe, mais il ne permet que de contourner le problème puisqu’il ne permet pas de générer un modèle social plus équitable entre les hommes et les femmes et qu’il maintient ces tâches dans une sphère non seulement exclusivement féminine, mais aussi composée de femmes sous-qualifiées et presque toujours issues de pays moins développés ; en revanche il génère globalement, au minimum une forme de mauvaise conscience, au pire une réelle culpabilité. Les employeuses féministes interrogées ne se retrouvent pas dans le rôle de « donneuses d’ordre », elles sont intéressées par le bénéfice du travail fourni par leur femme de ménage, mais éprouvent une gêne à le voir, encore plus à l’organiser. D’où ce souhait de dépersonnalisation. Elles souhaiteraient que le ménage soit fait aussi bien et presque à l’image de celui qu’elles auraient fait elles-mêmes, que leur femme de ménage s’y investisse avec autant d’attention et d’application qu’elle ne le ferait chez elle, tout en ne laissant aucune marque personnelle de son passage, en étant transparente.
La culpabilité est atténuée si l’employeuse a le sentiment de participer à une forme d’émancipation de sa salariée (en la payant bien, en la respectant, en lui fournissant un contrat, en passant par une association spécialisée dans la réinsertion…), et/ou si elle crée avec elle un lien personnel, basé sur une forme d’attention mutuelle : leur femme de ménage prend soin de leur lieu de vie ; elles, en contrepartie, ont des attentions à leur égard (café offert et partagé, cadeau, partage de certaines tâches, conseil pour l’orientation scolaire des enfants de la salariée…). C’est l’idée de la réciprocité du care, introduite dans le titre du papier.

 

Bernardo Liliane : 2003, « La place des sentiments dans l’aide professionnelle de gré à gré », In Charges de famille. Dépendance et parenté dans la France contemporaine, Editions La Découverte, pages 362-389.

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Synthèse de l’Observatoire :

A partir de l’étude des relations entre les employeurs et leur femme de ménage, l’auteur montre comment logique salariale et logique non marchande interagissent dans l’intérêt des deux parties. Elle montre notamment tout l’intérêt, pour la salariée, d’être considérée bien plus que comme une employée par son employeur (amie/membre de la famille) : gains en termes de protection, de distinction sociale, de valorisation, etc.

 

Caradec Vincent : 1996, « L’aide ménagère : une employée ou une amie ? », In Faire ou faire-faire? Famille et services, Presses Universitaires de Rennes, pages 155-167.

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Synthèse de l’Observatoire :

L’auteur étudie les relations qui se nouent entre personnes âgées et aides ménagères dans ce contexte bien particulier, et caractéristique des relations d’emploi entre les particuliers-employeurs et leurs salariés, où la salariée travaille dans un espace domestique privé qui n’est pas le sien. La gestion par la personne âgée et la salariée de cette intrusion et de l’accès qu’elle implique à un certain nombre d’informations privées (conversations téléphoniques, papiers administratifs, intimité en général) est le premier objet de cette étude. Par ailleurs, l’aide ménagère (comme on la désigne dans l’article, mais il en va de même pour l’assistante de vie) effectue un travail ménager (c’est-à-dire technique) alors même qu’elle n’est pas une femme de ménage. Son travail a aussi une dimension relationnelle et sociale. Selon que les personnes âgées aidées et les intervenantes elles-mêmes ont une perception du travail plus marquée par l’une ou l’autre de ces dimensions, les relations qui s’établissent peuvent être très différentes. L’auteur s’intéresse aux raisons pour lesquelles les attentes des unes et des autres, et donc le codage de la relation qui en découle, se situent plutôt sur un registre technique ou sur un registre relationnel, et à la façon dont ces différents codages se combinent dans différents types de relations.

 

De Ridder Guido / Legrand Claude : 1996, « Distance professionnelle et intimité affective. Les demandes paradoxales à l’égard des assistantes maternelles », In Faire ou faire-faire? Famille et services, Presses Universitaires de Rennes, pages 127-138.

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Synthèse de l’Observatoire :

Cet article étudie la professionnalisation des métiers de la garde d’enfants à domicile par le prisme de l’échange entre les mères qui donnent leur enfant à garder et les gardes d’enfants qui les accueillent. L’étude considère ces populations par le biais de leurs caractéristiques sociales.
Il met en évidence l’importance du « don d’affection » dans cet échange en dehors des normes de l’emploi qu’il finira par appeler « service familial à composante financière ».
En effet, le service de puériculture, de socialisation et/ou d’éveil proposé ou demandé est toujours conditionné à un service affectif, l’amour des enfants, qui s’acquiert dans la propre expérience maternelle des nourrices. Cette représentation interdit de penser que le savoir-faire de garde d’enfants peut s’apprendre par la formation professionnelle.
Ici, l’étude distingue le groupe des assistantes maternelles agréés, plus réfractaires à la formation professionnelle que les gardes d’enfants non agréés; ces dernières sont plus jeunes et plus qualifiées, mais envisagent l’activité de garde d’enfant comme un revenu ponctuel.
L’importance de l’aptitude maternelle dans ce service d’accueil rend difficile la prise en compte de la relation économique qui doit se faire oublier. La reconnaissance du service affectif n’est pas basée sur sa rémunération mais sur l’intégration de la nourrice au réseau social des parents.
On retrouve l’importance de l’expérience maternelle des professionnelles pour les mères avec des différenciations marquées selon leur qualification et leurs revenus, allant de l’impossibilité de la délégation chez les mères les plus précaires, à une simple fonction d’assistance chez les mères les plus qualifiées. Mais, même pour ces dernières, l’agrément n’a pas le sens d’une qualification.
La relation entre mère et nourrice prend alors la forme d’un arrangement inter-classes plus proche de l’univers familial que de l’emploi.
L’encadrement de l’offre de garde par une réglementation et une normalisation professionnelle est voué à l’échec si il ne prend pas en compte le caractère très particulier de ce rapport de service.