États généraux de l'emploi à domicile

États généraux de l'emploi à domicile -

Temoignages et paroles d’acteurs de l’emploi à domicile

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22/11/2014

Cyrille Gallion, salarié du particulier employeur en tant que jardinier

En 1998, venant juste d’obtenir mon DEA en Histoire Contemporaine, Société et Religion, et inscrit au fichier des thèses, j’ai besoin de travailler à temps partiel, faute de financements.

Souvent durant mes études, j’ai travaillé pour les espaces verts au sein des communes, et là, c’est tout naturellement que je trouve des heures comme ouvrier agricole. Puis, un voisin, en grande difficulté d’autonomie (suite à un AVC), me propose quelques heures pour mettre à jour son jardin…et il me paie en chèque service ! Il ressort de ce chèque emploi service, un mélange d’inquiétude (suis je couvert ? que puis je faire ?) et d’opportunité (je peux cumuler simultanément et successivement des heures en CES).

Moi, qui lorsqu’il y a le choix entre être assis au bureau ou être dehors dans la nature, ne peut rester enfermer, va au fil des mois oublier sa thèse et cumuler les heures chez les particuliers.

Tout ne s’est pas fait si simplement, non plus. Il a fallu apprendre le métier et passer des heures le soir plongé dans les livres de botanique, d’apprendre les périodes de taille, la reproduction des plantes, se mettre en réseau avec des collègues capables de m’épauler en termes de connaissances. Il a fallu aussi apprendre à trouver des heures, à savoir être très réactif lorsqu’un potentiel employeur n’a pas encore fait son choix sur un salarié.

Mais surtout, il a fallu comprendre le CES. Il y a 15 ans, personne autour de moi ne savait trop répondre, ni les employeurs, ni les salariés. Alors oui, à la question « c’est quoi l’emploi à domicile », je dirai qu’il m’a fallu des efforts aussi importants pour comprendre mon statut, à tel point que en 2009, la direction du travail éditait un livre que j’ai composé sur le sujet. « Services à la personne en faire son métier ». Je suis actuellement directeur d’un organisme de formation et toujours salarié chez les particuliers par goût, par besoin d’être en contact avec les personnes.

 

Pour vous, qu’est ce que l’emploi à domicile ?

A la question : Pour moi qu’est ce que l’emploi à domicile ? Je répondrais que cela recouvre aux moins deux choses.

La première est que volontairement, des personnes, un ménage, choisi de salarier quelqu’un pour l’aider dans les tâches quotidiennes, ménages, jardinage, garde des enfants. Ces emplois ont muté au cours des dernières décennies. Ils étaient soient déclarés, avec des heures conséquentes chez un seul employeur (une famille), soient non déclarés et pour quelques heures de ménage. Cette seconde forme s’est considérablement démocratisée, avec l’apparition du CES (et CESU), mais en même temps le lien de subordination inhérent au salariat s’est dilué. Au point que quand j’ai commencé, la différence entre l’emploi à domicile et le travail indépendant, n’était pas clair aux yeux de nombreux acteurs, y compris institutionnels.

La deuxième chose que recouvre l’emploi à domicile pour moi, est qu’en raison d’un état de perte d’autonomie très important, tout à chacun peut avoir besoin d’un ou d’une auxiliaire (assistant(e) de vie) pour les actes tels que se nourrir, se laver, se lever, se déplacer. Dans l’histoire, ce type d’activité, assez récent dans sa forme salariée et rémunérée, se développe et va encore se développer.

Pourquoi l’utilisez-vous ? Le préconisez-vous ?

Au début je n’ai pas choisi l’emploi direct, et j’aurais très bien pu débuter, via une association intermédiaire. Mais il me semble que lorsque les deux parties employeurs et salariés, sont en capacité, d’assumer et de respecter leur rôles respectifs, c’est une relation très riche.

Je le préconise, mais à la condition que l’employeur soit en capacité d’être employeur, et l’on ne doit pas se servir du CESU comme si l’on rémunérait un prestataire individuel et de l’autre côté, l’intervenant en CESU doit bien avoir conscience qu’il est salarié et non une sorte de travailleurs indépendant. Chacune des parties a des droits et obligations, celles d’un contrat de travail.

En disant ceci, je dis que certains devraient plutôt choisir de créer une entreprise individuelle. D’autres salariés ou employeurs pour de nombreuses raisons devraient recourir à un intermédiaire qui protège des abus éventuels de l’une ou l’autre partie.

Ce qui est important c’est que l’emploi direct soit une option parmi d’autres et que tous les acteurs sachent qu’il existe.

Mais pour le développer, je pense, qu’il faudrait développer l’information sur le cadre légal de l’emploi direct. Expliquer qu’on ne peut pas l’utiliser dans tous les cas, le sécuriserait. La très très grande majorité des conflits, vient de la méconnaissance du cadre légal, par les deux parties.

Il faudrait également créer des relais pour les jardiniers (hommes ou femmes), pour les assistant(e)s ménagers, comme il y en a pour les assistant(e)s de vie. Je pense que l’organisation n’est pas incompatible avec la liberté. Si je ne pense pas que le modèle des RAM puisse s’appliquer, car il enlèverait de la liberté en demandant à un acteur institutionnel de contrôler notre secteur. Je pense que les salariés et futurs salariés doivent créer des bourses du travail spécialisées, pour se faire connaître, se connaître, connaître leurs droits, et rêvons peut être un jour de développer de vrais syndicats, c’est à dire des syndicats où ceux qui négocient la convention collective soient tous des salariés du particulier.